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01. Les agonistes du GLP-1 peuvent-ils traiter le trouble lié à l’usage d’alcool ?

Publié sur 1 mars 2025 Certification date d'expiration: 1 mars 2028

David A. Gorelick, M.D., Ph.D., D.L.F.A.P.A., F.A.S.A.M.

Professor of Psychiatry - University of Maryland School of Medicine

Points Clés

  • Les médicaments actuellement approuvés par la FDA pour le trouble lié à l’usage d’alcool présentent des limites : le disulfirame entraîne des effets indésirables sévères, tandis que l’acamprosate et la naltrexone ne montrent qu’une efficacité modeste.
  • Les agonistes des récepteurs GLP-1 sont prometteurs dans le trouble lié à l’usage d’alcool, avec une réduction de 33 % des hospitalisations liées à l’alcool, contre 2 % avec les médicaments approuvés.
  • Plusieurs années d’essais cliniques sont encore nécessaires. L’utilisation hors AMM des agonistes du GLP-1 ne devrait être envisagée qu’après l’échec de traitements par des médicaments approuvés par la FDA pour le trouble lié à l’usage d’alcool.

Version texte

Agonistes des récepteurs GLP-1 : une option thérapeutique prometteuse dans le TUA

Nous allons aborder aujourd’hui un nouveau traitement potentiellement prometteur pour le trouble lié à l’usage d’alcool (TUA).

Médicaments actuels dans le TUA : une efficacité limitée

Nous disposons actuellement de trois médicaments approuvés par la FDA pour le TUA :

• Le disulfirame (approuvé en 1951) • L’acamprosate • La naltrexone

Malheureusement, aucun de ces médicaments n’est largement efficace ni couramment utilisé. Le disulfirame est très peu utilisé en raison d’effets indésirables sévères, potentiellement engageant le pronostic vital en cas de prise concomitante d’alcool.

L’acamprosate et la naltrexone présentent un meilleur profil de sécurité et de tolérance, mais une efficacité seulement modeste.

Agonistes des récepteurs GLP-1 : un nouvel espoir thérapeutique

Face aux limites des traitements actuels, une nouvelle classe médicamenteuse suscite un intérêt considérable : les agonistes des récepteurs du peptide-1 de type glucagon (agonistes des récepteurs GLP-1).

Les principaux médicaments de cette classe sont :

• Le sémaglutide (noms commerciaux Ozempic et Wegovy) • Le liraglutide (nom commercial Saxenda)

Actuellement, le sémaglutide est approuvé par la FDA pour le diabète de type 2 et la prise en charge du poids, tandis que le liraglutide est approuvé uniquement pour la gestion du poids. Aucun des deux n’est approuvé par la FDA pour le TUA.

Données probantes en faveur des agonistes des récepteurs GLP-1

L’intérêt pour ces médicaments repose sur deux corpus de données :

  1. Des études menées chez des rongeurs et des singes ont montré que les agonistes des récepteurs GLP-1 réduisaient significativement la consommation d’alcool.
  2. Certains patients prenant des agonistes des récepteurs GLP-1 pour la prise en charge du poids rapportent une diminution notable des envies d’alcool.

Données en vie réelle : l’étude suédoise

Une étude de Lahteenvuo et collaborateurs fournit des données en vie réelle appuyant le potentiel des agonistes des récepteurs GLP-1 dans le traitement du TUA. Les chercheurs ont utilisé les registres nationaux exhaustifs de la population suédoise pour étudier 227 000 individus présentant des troubles liés à l’alcool, dont près de 8 000 ayant reçu une prescription d’un agoniste des récepteurs GLP-1.

Parmi les patients sous agonistes des récepteurs GLP-1 :

• 54 % avaient reçu du sémaglutide • 31 % avaient reçu du liraglutide • 15 % avaient reçu d’autres agonistes des récepteurs GLP-1

Réduction significative des hospitalisations liées à l’alcool

L’étude a montré que les patients sous agoniste des récepteurs GLP-1 présentaient un risque d’hospitalisation pour troubles liés à l’alcool significativement réduit d’un tiers durant les périodes de prise du médicament, comparativement aux périodes sans traitement.

Cette comparaison contrôlait statistiquement les prescriptions de médicaments psychotropes ou antidiabétiques.

En revanche, la prescription d’un médicament approuvé pour le TUA (acamprosate, disulfirame ou naltrexone) n’était associée qu’à une réduction modeste de 2 % du risque d’hospitalisation.

Points forts méthodologiques : un design en population

Cette étude présente plusieurs points forts méthodologiques qui renforcent la confiance dans ses résultats. La disponibilité de données couvrant l’ensemble de la population nationale sur la période de suivi élimine largement les biais liés aux procédures d’échantillonnage et aux abandons en cours d’étude.

Un autre point fort est le design intra-individuel sophistiqué. Chaque participant a servi de son propre témoin, en comparant les périodes de prise du médicament aux périodes sans traitement. Cette approche élimine les facteurs confondants liés aux différences socio-démographiques ou aux caractéristiques cliniques entre participants.

Limites de l’étude : population et diagnostic

L’étude comporte néanmoins des limites. La population suédoise ne présente pas la diversité raciale et ethnique que l’on retrouve aux États-Unis, seulement 6 % des participants déclarant une ascendance non européenne.

Une autre limite réside dans le recours aux diagnostics figurant dans les dossiers médicaux, qui peuvent être moins précis que ceux établis en contexte de recherche par du personnel formé à cet effet. Par ailleurs, l’étude a utilisé une définition large des troubles liés à l’alcool, non limitée au seul TUA.

Perspectives de recherche et implications cliniques

Bien que les agonistes des récepteurs GLP-1 soient prometteurs dans le traitement du TUA, plusieurs années de développement clinique supplémentaire seront nécessaires avant d’envisager leur approbation par la FDA et leur disponibilité en pratique clinique.

Cet effort devra inclure des essais cliniques randomisés contrôlés contre placebo de phase 2 et de phase 3 (ECR) afin d’évaluer la sécurité, l’efficacité et la tolérance de ces médicaments chez des patients ne souffrant ni de diabète ni de problèmes de gestion du poids.

Prudence recommandée en cas d’utilisation hors AMM

En attendant ces données, les médecins doivent faire preuve de la plus grande prudence lorsqu’ils envisagent de prescrire ces médicaments hors AMM. À titre personnel, je n’envisagerais le recours à un agoniste des récepteurs GLP-1 que si le patient n’avait manifestement pas répondu à un ou plusieurs médicaments approuvés par la FDA pour le TUA.

Merci de votre attention pour ce Quick Take sur le potentiel des agonistes des récepteurs GLP-1 dans le traitement du trouble lié à l’usage d’alcool.

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