Version texte
Bonjour, ici David Rosenberg. Dans cette analyse approfondie (« Smart Take »), nous abordons un sujet susceptible de susciter la controverse : le recours à la thérapie électroconvulsive (TEC) chez les adolescents aux prises avec des épisodes dépressifs sévères et une suicidalité. Toutefois, il est crucial de reconnaître qu’aujourd’hui encore, seuls deux antidépresseurs sont approuvés par la FDA pour le traitement de la dépression chez les jeunes : l’escitalopram et la fluoxétine. Ce constat souligne l’urgence de disposer d’options thérapeutiques plus performantes.
Bien que ces médicaments soient approuvés par la FDA — et que des thérapies non médicamenteuses, telles que la thérapie cognitivo-comportementale et la psychothérapie, puissent y être associées —, de nombreux jeunes souffrant de dépression restent résistants aux options thérapeutiques actuellement disponibles. Les réponses partielles, accompagnées d’une altération persistante du fonctionnement, sont fréquentes. Ce problème s’aggrave particulièrement lorsque la dépression est associée à une suicidalité ou à une résistance au traitement.
La TEC, malgré notre compréhension encore limitée de ses mécanismes d’action, demeure l’un des traitements les plus efficaces contre la dépression chez l’adulte. Par conséquent, son application chez les adolescents repose sur une justification solide.
L’étude dont il est question ici consistait en une comparaison rétrospective entre les patients répondeurs et les non-répondeurs. Elle a inclus l’ensemble des adolescents présentant des épisodes dépressifs sévères et des tendances suicidaires, admis dans un service de psychiatrie et ayant bénéficié d’un traitement par TEC. La cohorte regroupait près de 500 adolescents manifestant des épisodes dépressifs sévères et des comportements suicidaires.
Selon les critères d’évaluation retenus, le traitement s’est avéré efficace chez plus de 70 % des patients, mais inefficace chez environ 27 % d’entre eux. Il est à noter que l’administration de 8 à 12, voire de 12 à 16 séances de TEC, a permis de réduire le risque d’inefficacité par rapport aux traitements comportant moins de 4 séances. Ainsi, un minimum de 8 séances de TEC semble nécessaire pour obtenir une réponse satisfaisante chez les adolescents confrontés à des épisodes dépressifs sévères et à une suicidalité.
Par ailleurs, le risque d’inefficacité a diminué de manière significative avec l’âge : la TEC est apparue plus efficace chez les adolescents plus âgés que chez les plus jeunes. Les patients présentant une comorbidité avec un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) ont montré un risque d’inefficacité de la TEC significativement plus élevé. Ainsi, la présence d’un TOC en comorbidité s’est révélée être un facteur de mauvais pronostic quant à la réponse à la TEC chez les adolescents souffrant d’épisodes dépressifs sévères.
Fait intéressant, l’escitalopram — comparé à la sertraline — a été associé à un risque accru d’inefficacité de la TEC. Ce constat est surprenant, d’autant que l’escitalopram figure parmi les deux seuls antidépresseurs approuvés par la FDA pour le traitement de la dépression chez les adolescents. En revanche, la sertraline — bien qu’elle soit utilisée dans le traitement de la dépression chez l’adolescent — ne bénéficie pas de l’approbation de la FDA pour cette population. À l’inverse, l’olanzapine et l’aripiprazole ont démontré un risque réduit d’inefficacité de l’ECT par rapport à la quétiapine, cette dernière étant associée à un risque plus élevé d’échec de l’ECT.
Bien que cette étude soit rétrospective — et ne puisse donc égaler la fiabilité d’une étude prospective — cela n’en diminue pas la portée. Les études rétrospectives peuvent fournir des pistes précieuses, mais elles soulèvent souvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses, en raison de l’absence de données clés. Ces limites rendent difficile l’établissement de conclusions définitives à partir de bon nombre des résultats et associations observés. Néanmoins, cette étude fournit une piste essentielle et suggère, dans l’ensemble, qu’un grand nombre de patients traités par ECT ont présenté une réponse favorable.
Des facteurs prédictifs potentiels ont émergé : ainsi, la comorbidité avec un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) semble prédire une moins bonne réponse à l’ECT. L’âge apparaît également comme un facteur déterminant : un âge plus avancé semble prédire une meilleure réponse, tandis qu’un âge plus jeune est associé à une réponse moins favorable. Fait intrigant, l’antidépresseur escitalopram — approuvé par la FDA pour le traitement de la dépression majeure chez les jeunes — semble associé de manière moins favorable à la réponse à l’ECT que la sertraline, un antidépresseur utilisé dans le traitement du trouble dépressif majeur chez l’adolescent, mais qui ne bénéficie pas encore de l’approbation de la FDA pour cette indication.
En conclusion, bien que cette étude ait livré plusieurs résultats significatifs, elle souligne la nécessité de poursuivre les recherches sur l’utilité de l’ECT chez les adolescents souffrant de dépression majeure. Elle met également en lumière l’importance de mener des études prospectives qui pourraient s’appuyer sur les enseignements tirés de cette investigation rétrospective.
Abstract
Electroconvulsive Therapy for Adolescents with Severe Depressive Episode and Suicidality: Retrospective Comparison Between Responders and Non-Responders
Hao Ren, Xinglian Wang, Zheng Zhang, Xiufen Zhong, Qinghua Luo, Haitang Qiu, Yan Huang
Background: For adolescents with major depression who exhibit suicidal tendencies, Electroconvulsive Therapy (ECT) is increasingly adopted in clinical practice. Yet, the precise mechanisms behind its effectiveness remain elusive, and studies on factors that influence treatment outcomes are scarce.
Methods: In this retrospective comparative study, we included all adolescent severe depressive episode patients with suicidal tendencies admitted to the Psychiatry Department of the First Affiliated Hospital of Chongqing Medical University between 2017 and 2021 and received ECT treatment. By collecting data on personal history, medical history, and standard treatment features, we established demographic, disease, medication, and ECT treatment factors variables. Patients were divided into effective and ineffective groups based on the Clinical Global Impressions-Improvement (CGI-I) scale scores, and differences between outcomes were compared. Logistic regression analyses were used to identify factors independently associated with ineffectiveness.
Results: A total of 494 adolescent severe depressive episode patients with suicidal behavior who received ECT were included in this study. According to CGI-I scores, the treatment was effective in 361 patients (73.1%) and ineffective in 133 patients (26.9%). Logistic regression analyses showed that 8 to 12 and 12 to 16 ECT sessions reduced the risk of ineffectiveness compared to fewer than 4 sessions. The risk of ineffectiveness decreased with age and increased with comorbidity with obsessive-compulsive disorder (OCD). Compared to sertraline, escitalopram was associated with a heightened risk of futility, whereas olanzapine and aripiprazole demonstrated a reduced risk when contrasted with quetiapine.
Conclusions: ECT’s ineffectiveness in treating adolescent severe depressive episode with suicidal behavior decreases with age, and comorbidity with OCD significantly increases the risk of treatment failure. Fewer than 8 ECT sessions may hinder achieving satisfactory results.
Télécharger le PDF et autres fichiers
Reference
Ren, H., Wang, X., Zhang, Z., Zhong, X., Luo, Q., Qiu, H., & Huang, Y. (2024). Electroconvulsive therapy for adolescents with severe depressive episode and suicidality: Retrospective comparison between responders and non-responders. Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health, 18(1).
